Nous élèverons nos enfants sans la surveillance de l'éducation nationale

Lettre ouverte à l'attention de :
Monsieur le Président de la République Emmanuel Macron
Monsieur le Ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer
Madame la Rectrice de Toulouse Anne Bisagni-Faure
Monsieur le DASEN de l'Ariège Jean-Luc Duret
Monsieur le député de la 2ème circonscription d'Ariège Michel Larive
Monsieur le sénateur d'Ariège Alain Duran

Objet : Demande de dérogation au contrôle de l'inspection académique

Madame, Messieurs,

Notre fils Zeÿa aura trois ans l'année prochaine. Selon l'article 2 du projet de loi en cours dit « école de la confiance », il serait donc en âge légal de recevoir une instruction à partir de la rentrée 2020.

Nous, Ramïn Farhangi et Marjorie Bautista, demandons une dérogation à l'obligation d'instruire notre enfant selon les normes du socle commun et souhaitons être exemptés de tout contrôle par l'inspection académique.

Notre pratique parentale laisse à notre enfant une totale liberté de vivre sa propre expérience, sans qu'il soit attendu de lui qu'il acquière un certain savoir à un certain moment de son enfance. Nous considérons son environnement suffisamment riche de liens sociaux, de savoirs-faire et de bouillonnement culturel. Nous avons une confiance totale que son contexte, sa motivation intrinsèque et son potentiel inné lui permettront d'acquérir tous les apprentissages dont il a besoin. Nous estimons que nous n'avons donc pas besoin de l'aide de l'Etat ou d'une quelconque école pour qu'il grandisse en tant que personne autonome et responsable.

Aussi, nous considérons que ce choix éducatif n’est pas compatible avec un contrôle annuel.

Aujourd'hui, des milliers de familles en France pratiquent cette même approche qu'on appelle communément les « apprentissages autonomes ». Une partie le fait sans se déclarer auprès des autorités, hors du cadre légal et de tout contrôle. Une autre se déclare dans le cadre de « l'Instruction en Famille » et se présente à une inspection académique annuelle. Cet exercice est souvent le théâtre prévisible de tensions et conflits, vu l'incompatibilité fondamentale des visions de l'apprentissage et de l'enfance. Parfois, les familles se résignent et font des compromis, introduisant une dose hebdomadaire de coercition. Les plus téméraires d'entre elles tiennent leur position jusqu'à ce que l'inspection se résigne à la tolérance, validant ainsi parfois les apprentissages autonomes en toute discrétion et à demi-mot.

Portés par des valeurs fortes d'intégrité, de transparence et de cohérence, nous souhaitons entretenir un lien différent avec vous. Nous ne souhaitons ni l'évitement ni la confrontation. Nous préférons élaborer avec vous un cadre permettant d'accueillir des familles comme la nôtre avec confiance, bienveillance et sérénité au sein de notre République.

Vérifier la conformité de notre approche éducative au regard des standards étatiques est inutile, car quel que soit le diagnostic, nous n'avons pas l'intention de nous conformer à autre chose que nos propres convictions et notre propre jugement. Aussi, soumettre une personne à une inspection systématique sans son consentement est une violence à laquelle nous ne souhaitons pas participer. Cet aspect du contrat social est contraire à notre morale, et selon nous, il mériterait d'être revu afin que les valeurs républicaines soient mieux incarnées.

En résumé, nous ne reconnaissons ni la pertinence du socle commun ni la compétence de l'inspection académique, et par conséquent, nous demandons à être exemptés à vie de tout contrôle.

Malgré la controverse philosophique et l'adversité politique, nous voyons la possibilité d'une amicalité civile et d'un partenariat pour une négociation constructive entre le gouvernement et notre famille. Nous espérons que notre dialogue sera le terreau fertile d'un nouveau débat démocratique sur les droits et devoirs fondamentaux des familles en matière d'éducation.

Nous nous tenons à votre disposition pour les suites à donner à ce courrier.

Veuillez agréer, Madame, Messieurs, l'expression de notre profond respect.

Marjorie Bautista et Ramïn Farhangi

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Mouvement Enfance Libre

Cette lettre ouverte est publiée sur le site Enfance Libre, le mouvement qui revendique une dérogation au contrôle de l'inspection académique. Pour manifester votre soutien, signez notre pétition. Les propos de cette lettre n'engagent que leurs auteurs et non l'ensemble des militants du mouvement.

Les auteurs

Anciens membres fondateurs de l'école Dynamique à Paris 14ème (école démocratique, privée hors-contrat) de 2015 à 2017, Marjorie et Ramïn sont aujourd'hui facilitateurs de vie collective à l'éco-village de Pourgues.

Marjorie est diplômée de l'Université de Valrose d'une licence de Physique, ancienne professeure des écoles (cinq années en école primaire publique et une année en école privée).

Ramïn est diplômé Ingénieur de l’École Centrale Paris et Cornell University, ancien consultant en direction générale d'entreprise au Boston Consulting Group et ancien professeur de Mathématiques et Sciences Physiques (trois années en collège-lycée privé). Ramïn est également l'auteur du livre Pourquoi j'ai créé une école où les enfants font ce qu'ils veulent (Actes Sud, 2018).

Ramin Farhangi