Julie Monchablon

Riedisheim, le 14 février 2019

Lettre ouverte adressée à :
Monsieur le Président de la République Emmanuel Macron
Monsieur le Ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer
Madame la Rectrice de Strasbourg Sophie Béjean
Madame la DASEN du Haut-Rhin Anne-Marie Maire
Monsieur le député de la 5ème circonscription du Haut-Rhin Olivier Becht
Monsieur le sénateur du Haut-Rhin Jean-Marie Bockel

Objet : Demande de dérogation au contrôle de l'inspection académique

Madame, Monsieur,

Pour quelques semaines encore, mon fils Miguel, dix ans, bénéficiera d'une instruction libre en famille. En mars 2019, une nouvelle décision de justice sera établi à ce sujet au regard d'une différence de vision éducative entre son père et moi mêlé à l'avis de professionnels qui nous aurons vu tout au plus quatre heures dans notre vie.

Ma fille Nina, aura trois ans l'année prochaine. Selon l'article 2 du projet de loi dit « école de la confiance », elle serait donc en âge légal de recevoir une instruction à partir de la rentrée 2020.

Moi, Julie Monchablon, demande une dérogation à l'obligation d'instruire mes enfants selon les normes du socle commun et souhaite être exemptée de tout contrôle par l'inspection académique.

Janvier 2019, suite à la lettre de convocation pour un contrôle d'instruction pour Miguel, j'ai sollicité un report de date dans l'attente de la décision de justice du mois de mars prochain et, bien consciente que nos aspirations pédagogiques s'opposent, un rendez-vous préalable à cette inspection afin d'échanger sur les modalités de contrôle. J'ai reçue comme réponse à ma demande une seconde lettre type de convocation pour une nouvelle date de contrôle d'inspection, or cela ne me satisfait pas car il est pour moi de la plus haute importance de respecter l'intégrité de mon enfant et d'être acceptée dans mes choix pédagogiques.

Ma pratique parentale laisse à mes enfants la liberté de vivre leur propre expérience, sans qu'il soit attendu d'eux qu'ils acquièrent un certain savoir à un certain moment de leur enfance. Je considère leur environnement suffisamment riche de liens sociaux, de savoirs-faire et de bouillonnement culturel. J'ai une confiance totale que leurs contextes, leurs motivations intrinsèques et leurs potentiels innés leurs permettront d'acquérir tous les apprentissages dont ils ont besoin.

Aujourd'hui, des milliers de familles en France pratiquent cette même approche que l'on appelle communément les «apprentissages autonomes». Une partie le fait sans se déclarer auprès des autorités, hors du cadre légal et de tout contrôle. Une autre se déclare dans le cadre de «l'Instruction en Famille» et se présente à une inspection académique annuelle. Cet exercice est souvent le théâtre prévisible de tensions et conflits, vu l'incompatibilité fondamentale des visions de l'apprentissage et de l'enfance. Parfois, les familles se résignent et font des compromis, introduisant une dose hebdomadaire de coercition. Les plus téméraires d'entre elles tiennent leur position ou, comme j'ai tenté de le faire, sollicitent une négociation jusqu'à ce que l'inspection se résigne à la tolérance, validant ainsi parfois les apprentissages autonomes en toute discrétion et à demi-mot.

Portés par des valeurs fortes d'intégrité, de transparence et de cohérence, je souhaite à ce jour entretenir un lien différent avec vous. Je ne souhaite ni l'évitement ni la confrontation. Je préfère élaborer avec vous un cadre permettant d'accueillir des familles comme la mienne avec confiance, bienveillance et sérénité au sein de notre République. J'ai besoin que vous m'accordiez la même confiance qu'aux décisionnaires et fonctionnaires de l'état pour élever mes enfants car je les accompagne vers le meilleur d'eux même.

Depuis plusieurs années, j'ai suffisamment laissé de professionnels de l'éducation et de l'instruction interroger mon fils Miguel par désir de partage et de transparence. J'ai donnée beaucoup d'énergie ces derniers mois à expliquer et illustrer mes choix pédagogiques pour finalement nous sentir stressés et démunis mon fils et moi car en réalité tout est simplement une question de point de vue. Vérifier la conformité de mon approche éducative au regard des standards étatiques est inutile, car quel que soit le diagnostic, je n'ai plus l'intention de me conformer à autre chose que mes propres convictions et mon propre jugement. Aussi, soumettre une personne à une inspection systématique sans son consentement est une violence à laquelle je ne souhaite plus participer. Cet aspect du contrat social est contraire à ma morale, et selon moi, il mériterait d'être revu afin que les valeurs républicaines soient mieux incarnées.

J'estime que je n'ai donc pas besoin de l'aide de l'Etat ou d'une quelconque école pour que mes enfants grandissent en tant que personnes autonomes et responsables. Aussi, je considère que ce choix éducatif n’est pas compatible avec un contrôle annuel.

En résumé, je ne reconnais ni la pertinence du socle commun ni la compétence de l'inspection académique, et par conséquent, je demande à être exemptée à vie de tout contrôle.

Malgré la controverse philosophique et l'adversité politique, je vois la possibilité d'un échange constructif entre le gouvernement et ma famille.

J’espère que notre dialogue sera le terreau fertile d'un nouveau débat démocratique sur les droits et devoirs fondamentaux des familles en matière d'éducation.

Je me tiens à votre disposition pour les suites à donner à ce courrier.

Veuillez agréer, Madame, Messieur, l'expression de mon profond respect.

Ramin Farhangi